De la chasteté et de la pudeur en amour ou comment entretenir une relation tendre
De la pudeur
« Pudeur : n.f. (lat. pudor) 1. Discrétion, retenue qui empêche de dire ou de faire ce qui peut blesser la décence, spécial. en ce qui concerne les questions sexuelles. »
Le petit Larousse
« Luxure est bien souvent sœur de perversité, Et n’apporte rien d’autre que lubricité. Qui son corps veut brûler à son contact impur A son âme toujours imprime cent souillures. A l’inverse, Pudeur est mère de Sagesse, Et procure souvent une saine tendresse, Qui sait flatter les sens, sans toutefois blesser L’intimité de l’âme au Seigneur consacrée. »
Philippe David Assayah
Il faut bien distinguer la luxure (qui est un vice) de l’érotisme (qui est un plaisir sain). En effet, la luxure ne désigne pas seulement l’attrait pour le sexe et ses plaisirs, mais l’excès de sensualité, (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans la Bible elle est désignée comme étant l’un des sept péchés capitaux). Or de la luxure à la pornographie il n’y a qu’un pas ; or en assujettissant sa nature aux instincts inférieurs qu'un pas ; or en assujettissant sa nature aux instincts inférieurs que constituent les passions avilissantes, l’homme n’est plus capable de ressentir de joie divine, il ne fait que s’animaliser. Tandis, qu’en incorporant la pudeur dans ses relations amoureuses, il devient à même de connaître une autre dimension de l’amour, une dimension supérieure et divine, où la passion n’est pas forcément bannie, mais où elle peut être embellie par la tendresse, par la pudeur et par l’affection, autant de sentiments divins qui constituent une véritable joie pour l’âme humaine, joie d’un plus grand prix que la joie, somme toute médiocre, dérisoire, voire « infernale » que la joie qu’il y a à s’animaliser dans des passions où l’impudeur et l’impudicité prédominent. Du reste, dans la religion juive, la pudeur est un sentiment et un comportement qui est largement suggéré. Le dictionnaire encyclopédique du Judaïsme nous dit en effet : « Les sages prescrivent la pudeur et une certaine retenue dans l’accomplissement de l’acte sexuel lui-même. Ils prohibent certains comportements, qu’ils qualifient de désordonnés ou contre nature. Les rapports doivent avoir lieu de nuit, dans un lieu clos et privé, après échange de tendresse et de mots d’amour.
1 » Pour les sages, « l’instinct sexuel incontrôlé mène au mal ; maîtrisé, il s’investit dans l’action bonne.
2 » Comme l’a souverainement compris l’éminent poète des Fleurs du Mal, Charles Baudelaire : « Les sentiments profonds ont une pudeur qui ne veut pas être violée.
3 » Cela signifie que tout sentiment profond est voilé de pudeur, et qu’une relation sentimentale ou sexuelle où la pudeur serait absente ne serait qu’un rapport superficiel qui ne comblerait en rien l’homme et la femme, lesquels ont besoin, pour fusionner, d’expérimenter quelque chose de divin, un érotisme dénué de pudeur rapprochant davantage du Diable (c’est-à-dire stimulant des instincts inférieurs et des pulsions malsaines), tandis qu’un érotisme incluant la pudeur et incluant la tendresse – en d’autres termes une sexualité sentimentalisée – permet de retrouver le sens du sacré lié à la sexualité, le plaisir ultime de l’amour au sens sentimental et du sexe au sens érotique étant de ressentir une joie que l’on peut qualifier de divine, cette divinité ne pouvant être expérimentable que lorsque l’érotisme est sacralisé, sacralité dont la pudeur, la douceur et la tendresse ne sont jamais absents.
C’est ainsi que le philosophe contemporain Jean Guitton déclare très justement : « Elle (la pudeur) nous aide à retenir dans nos passions que les affections, et dans nos affections que leur essence.
4 » Comme l’a joliment écrit Joseph Joubert :
« La pudeur, c’est le tact de l’âme ». Victor Hugo le rejoint, puisqu’il a écrit une sentence analogue, à savoir: « La pudeur, c’est l’épiderme de l’âme.
5 » André Suarès, quant à lui, a déclaré : « La pudeur est le parfum de la volupté.
6 » En guise de conclusion, ce développement philosophique peut se circonscrire dans une courte et très belle maxime énoncée par un grand moraliste français, Joseph Joubert pour ne pas le nommer : « La tendresse est le repos de la passion.
7 » Je pourrais encore m’amuser en citant les vers d’un poète français nommé Marc-Monnier, vers tirés de son poème intitulé « Amoureuses » qui met bien l’accent sur la dualité de l’amour, à savoir sur la dualité amour charnel/amour sentimental.
Voici ce poème :
Je connais deux amours : l’un suave et léger
Que nous fait respirer chastement un bon ange, Et l’autre qu’un démon nous invite à manger
Le premier, c’est la fleur, et l’autre, c’est l’orange…
Qu’aimez-vous mieux, l’orange ou la fleur d’oranger ?
Le parfum délicat ou la saveur étrange ?
Pour moi, novice encor dans les choses du cœur, J’aimerais mieux le fruit… s’il promettait la fleur.
Le fruit, c’est la passion charnelle. La fleur, c’est le suc de cette passion, à savoir la tendresse et la sentimentalité, dans lesquelles s’incorpore le sentiment de pudeur.
PHILIPPE DAVID ASSAYAH
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1 Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, Paris, 1993, les éditions du Cerf, page 1048
2 Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, Paris, 1993, les éditions du Cerf, page 1048
3 Charles Baudelaire, Œuvres Complètes, Bouquins, Robert Laffont, page 958
4 Jean Guitton et Jean-Jacques Antier, le livre de la sagesse et des vertus retrouvées, édition réalisée avec l’aimable autorisation de la Librairie Académique Perrin, 1998, page 211
5 Jean Guitton et Jean-Jacques Antier, le livre de la sagesse et des vertus retrouvées, édition réalisée avec l’aimable autorisation de la Librairie Académique Perrin, 1998, page 206
6 Jean Guitton et Jean-Jacques Antier, le livre de la sagesse et des vertus retrouvées, édition réalisée avec l’aimable autorisation de la Librairie Académique Perrin, 1998, page 206
7 Joseph Joubert, Pensées, des passions et des affections de l’âme, Paris, librairie académique, Perrier et Cie, librairies-éditeurs, page 70
8 Marc-Monnier, Poésies de Marc-Monnier, « Amoureuses », Paris, Librairie Sandoz et Fischbacher, rue de Seine 33, 1878, page 13
